« 30 juillet 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 265-266], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette., in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4928, page consultée le 26 janvier 2026.
30 juillet [1848], dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, comment vas-tu ce matin ? As-tu un peu pensé
à
moi hier ? Ce serait de l’ingratitude d’en douter puisque tu m’avais promis de parler
à Pradier pour cette triste chose1.
Sois béni, mon Victor, pour cette pieuse action, sois béni,
pour tout le bien que tu fais, pour tout le bonheur que tu m’as donné et pour l’amour
sans borne que j’ai pour toi. Je voudrais te donner toutes les joies, tous les rayons,
tous les sourires, tous les bonheurs et garder pour moi seule tout ton cœur. Tu vois
que mon ambition n’est pas mince et qu’elle suffit bien à remplir toute ma pensée,
toute ma vie et tout mon cœur.
Je me réjouis dans l’espoir que je resterai avec
toi tantôt un peu plus que d’habitude. Je voudrais déjà y être au risque d’en être
ensuite au regreta de te
quitter. J’ai hâte de te voir, de t’entendre, de savoir si tu as pensé à moi et si
tu
m’aimes. J’éprouve une sorte d’impatience fiévreuse tant que je ne t’ai pas vu. Mes
genoux, mes pieds, mes mains s’agitent comme pour pousser un obstacle devant eux,
tandis que ma pensée et mon âme font des efforts pour faire avancer les heures. Tout
mon être travaille extérieurement et intérieurement pour te voir plus tôt. Moi je
t’adore.
1 À la mort de sa fille Claire, James Pradier a fait la promesse de lui sculpter un monument funéraire. Il décèdera en 1852 sans avoir accompli son serment.
a « aux regrets ».
« 30 juillet 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 267-268], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4928, page consultée le 26 janvier 2026.
30 juillet [1848], dimanche matin, 11 h. ¾
Je vais te voir bientôt, mon cher petit homme, et j’en suis bien heureuse. Je vais donc enfin me plonger dans ton regard, me suspendre à ton cher petit bras, te dévorer des yeux et te baiser en chair et en os comme un Toto adoré que tu es. Je t’ai acheté 2 paires de gants ravissantes hier chez la mère Sauvageot et sur lesquelles je t’ai gagné 1 franc. Si j’avais été sûre de la trouver chez elle, j’aurais pu t’épargner 10 autres sous pendant qu’on te rasait mais j’ai craint le hasard qui en général ne m’est rien moins que favorable. À propos de hasard, tu vois que Mme Dorval n’a pas encore abusé de la permission que je lui ai donnéea puisqu’elle n’est pas venue du tout1. J’avais accueilli avec assez de sagesse son empressement, plutôt simulé que vrai, pour ne pas l’encourager à faire des frais de visites inutiles. Peut-être même ne viendra-t-elle pas du tout mais dans tous les cas je suis plus que jamais sur mes gardes et sa curiosité, si elle en a, ne trouvera pas à se satisfaire chez moi. Qu’as-tu fait depuis que je t’ai quitté hier, mon petit homme, outre les choses que je sais ? As-tu pensé à moi, m’as-tu aimée, m’as-tu regrettée, m’as-tu plainte ? Moi j’ai été bien triste, bien malheureuse, bien jalouse, bien inquiète, bien amoureuse et bien tendre. Je t’ai souhaité beaucoup de bonnes choses à manger, beaucoup de vieilles femmes laides à regarder, beaucoup d’adorateurs et pas du tout d’adorateuses. Ai-je été exaucée ? Je n’ose pas l’espérer. Vous me direz cela tantôt. En attendant je vous baise à outrance.
Juliette
1 « D’ailleurs rien ne me prouve que Mme Dorval donne suite à notre reconnaissance d’hier et si elle le fait ce sera tout au plus une fois ou deux. » (Lettre du 27 juillet 1848, jeudi matin, 8 h. ½.)
a « donné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
